Entre stimulation et sur-stimulation, trouver le bon équilibre

surstimulation, épuisement, burn out des enfants

J’assiste régulièrement à des conférences sur l’éducation des enfants et des adolescents, et également aux conseils d’école, ce qui permet d’avoir la vision des enseignants, et des différentes personnes qui gravitent autour de l’école.  Et ce qui revient souvent c’est que les enfants ne savent pas s’occuper ou jouer seuls. Qu’ils ont également de plus en plus tendance à l’épuisement. J’ai d’ailleurs lu un livre très intéressant sur le burn out des enfants dans une société où on les sollicite en permanence dès leur plus jeune âge.

Les activités avec un bébé

J’ai souvent été un peu étonné de voir des bébés sur des tapis d’éveil très colorés très bruyant et cela dès la naissance. J’ai cru qu’il était indispensable d’en avoir un. Maé en a eu un de ce genre. J’ai attendu 3-4 mois pour lui proposer et je me suis vite rendu compte qu’il n’avait pas besoin de ce tapis et pire que cela l’énervait.

J’ai lu des nounous ou des crèches, dire que la première chose que les parents demandaient c’était « qu’est-ce qu’elle a fait aujourd’hui ? ».  Or il y a des journées où l’enfant n’a pas besoin d’activités, il joue, il se fait câliner, il explore…

D’ailleurs avant 2 ans, mes enfants étaient surtout demandeur de jeux et de câlins. Alors bien-sur on peut leur faire découvrir des choses, comme la peinture, la pâte à modeler, mais je pense qu’il est important de se fier au rythme du bébé, de ne pas le solliciter en permanence.

Parce que finalement un bébé qui a en permanence était sollicité sera, pour moi, un enfant qui ne sait pas jouer seul.

 

Le rythme des enfants et activités extra-scolaire

Avec des enfants scolarisés je trouve qu’ils ont déjà beaucoup de contraintes liées à l’école et parfois des journées qui commencent tôt et finissent tard. Finalement une grande partie du reste du temps devrait être du jeu libre.

La pédiatre des enfants m’a prévenue qu’il fallait laisser beaucoup de temps libre aux enfants, l’école leur demandant déjà beaucoup de concentration et donc d’éviter de multiplier les activités extra-scolaires. Ça me paraissait du bon sens, mais quand j’entends les rythmes de certains enfants, il est clair que ce ne l’ait pas.

« Dans la pratique, les enfants de tous âges sont soumis à des exigences scolaires délirantes et à un emploi du temps de ministre. C’est ainsi qu’à 5 ans, Tom jongle la semaine entre le judo, le football, la natation et la chorale. Maya, élève de primaire, commence sa journée à sept heures à la garde périscolaire. Elle enchaîne avec l’école, la cantine, l’étude et la garderie jusqu’à 19 heures 30. En parallèle, elle joue du piano et fait de la gym huit heures par semaine. Les parents « en viennent à ne plus s’écouter et à en perdre leur bon sens », commente Béatrice Millêtre. »

Bien-sûr si j’écoutais Maé ou Romane ils auraient tous les jours une activité. On limite à foot et anglais pour Maé et à bébés nageurs pour Romane.

Romane aurait aimé commencer l’anglais cette année, plus par mimétisme, mais je n’ai pas voulu puisqu’elle commençait déjà l’école à temps complet.

Maé aurait volontiers fait de la natation, mais là je lui ai demandé de choisir entre foot et natation. Je suis également persuadé que trop de sport n’est pas bon pour sa croissance.

L’école propose également des activités de 16h15 à 17h30 pour les primaires. Encore une fois j’ai limité à une fois. Et je crois que Maé préfère la garderie où il peut jouer librement dehors s’il fait beau, que les activités dirigées. Il y a de grande chance qu’il ne choisisse pas d’activité pour la deuxième partie de l’année.

Je propose des activités manuelles aux enfants uniquement le mercredi matin, et encore en alternance avec la Médiathèque et s’il fait beau nous préférons nous balader.

 

Quels impacts de cette sur-sollicitation ?

Si j’en crois les différents avis des professionnels rencontrés, les enfants seraient beaucoup plus excités. Ils auraient du mal à se poser, à rester calme. Allons-nous vers une société d’hyperactifs ?

Dans le livre sur le burn-out des enfants et des adolescents de Béatrice Millêtre, elle disait rencontrer des enfants de plus en plus jeune et de plus en plus nombreux. Allons-nous vers une société de dépressifs ?

« À ce jour, rien n’atteste du phénomène. Pas la moindre étude ni le moindre chiffre pour corroborer les dires des observateurs. Seule la dernière enquête nationale de l’Unicef France en 2014 démontre que nos enfants vont de plus en plus mal. Selon leurs résultats, 40 % des 6 à 18 ans ressentent une souffrance psychologique. Les victimes de burn-out infantile seraient « de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes », selon Aline Nativel Id Hammou. Même constat pour la psychothérapeute Béatrice Millêtre : « Il y a encore un an, un enfant par an venait me voir pour burn-out ou craquage nerveux. Maintenant j’en vois cinq par semaine. » »

Il est vraiment difficile de ne pas tomber dans cette spirale. Je l’ai moi-même un peu été. J’avais tellement envie de proposer des choses nouvelles à mes enfants que j’ai parfois fait des listes d’activités trop importantes.

Depuis je regarde ce que l’on pourrait faire, mais si les deux jouent tranquillement je ne vais pas les déranger pour leur proposer mon activité. Par contre s’ils arrivent en disant « je ne sais pas quoi faire », j’ai quelque chose sous le coude. J’écoute leurs demandes et je limite.

 

La faute à qui ?

D’abord la notre en tant que parent. On a envie du meilleur pour son enfant. Moi la première, et il faut parfois se détacher des choses. J’ai vu des parents de collégiens tellement stressés par l’avenir post-bac de leurs enfants que je me dis qu’à la place des ado j’aurai tellement flippé que je n’aurai pas profité de ces belles années. Mais finalement je suis pareil, je me suis mise la pression avec le CP alors qu’il est clair que Maé sera lire et bien lire à la fin de son année.  Il est difficile finalement de trouver le bon dosage entre suivre son enfant, sa scolarité et trop lui en demander.

« Si l’objectif des parents est le même – la réussite – il se traduit de façon différente. « Dans les milieux défavorisés, les enfants deviennent parfois les parents des parents, se doivent de mieux réussir et sont surmenés par la gestion de la fratrie et de la famille, explique la psychologue Aline Nativel Id Hammou. Dans les milieux aisés, on assiste à une sur-stimulation cognitive des enfants. » En somme, toujours plus de connaissances de plus en plus jeune. Une course à l’éveil qui demande d’abandonner ses jouets au profit de l’alphabet. « On voit des petits de 4 ans qui n’ont plus le temps de jouer parce que les parents considèrent « qu’ils ne sont plus des bébés » », ajoute la psychologue. Seulement, cela pose problème. « L’intelligence est avant tout affective, rappelle Catherine Dolto. C’est l’insécurité affective qui risque d’éteindre les capacités cognitives de l’enfant. » »

L’école est aussi coupable. Quand je vois que l’on note déjà des élèves pour des mots de dictée alors que depuis des années j’entends partout que le système de notes n’est pas judicieux, j’ai du mal à comprendre.  Quand Maé rentre est me dit « la maîtresse pense que je suis nul » parce qu’elle a montré son cahier en disant que ce n’était pas l’exemple à suivre, je suis un peu désemparée.

« Pour la psychothérapeute Béatrice Millêtre, le grand coupable du burn-out infantile reste « le système entier, qui exerce une énorme pression sur les enfants ». Par « système », comprenez l’école française, toujours plus élitiste que ses consœurs internationales avec son étiquette évaluative. 69 % des enfants interrogés par l’Unicef en 2014 avouaient être parfois angoissés de ne pas assez bien réussir à l’école. Un talon d’Achille à soigner pour améliorer le bien-être des écoliers, selon la professeure de psychologie de l’éducation, Claire Leconte : « il est urgent de renforcer l’estime de soi des élèves en mettant en évidence la réussite plutôt que les erreurs, par exemple ». Mais la pression est parfois exercée par les enseignants eux-mêmes. « J’ai reçu un enfant qui me racontait avoir eu un avertissement de travail parce qu’il avait 13 de moyenne générale », rapporte la psychothérapeute. « Beaucoup d’enfants, petits, s’angoissent aussi parce qu’ils ne répondent pas aux exigences de l’école. Or, il existe plusieurs types d’intelligence », ajoute le Dr Catherine Dolto. »

 

On fait quoi ?

On réduit. On limite. On profite. On glande. Et régulièrement !

Mais finalement pas que pour l’enfant. On prend du temps en famille. On limite les activités, les invitations.

Dans une société de plus en plus pressée, c’est bien le temps qui semble manquer cruellement aux enfants. Ils n’ont plus le loisir de s’ennuyer, de souffler. Le Dr Catherine Dolto parle même de « maltraitance temporelle ». « On leur demande constamment de se dépêcher. Or, ils ont besoin de temps pour vivre, écouter, penser », ajoute la professionnelle.

Nous avons depuis un peu plus d’un an essayé d’opter pour un mode de vie plus slow life. On prend le temps. Du temps pour soi, ou chacun fait ce que bon lui semble. Traîner devant un dessin animé le dimanche matin parfois, jouer aux légo d’autre fois, les enfants savent ce dont ils ont besoin. Pour nous le programme est souvent similaire où alors on s’accorde une pause avec un bon livre pour moi, ou bien papa va gratter la terre… Il faut finalement revenir à un rythme plus calme pour savoir ce dont nous avons besoin. L’école et le travail nous apportent forcément un lot de contraintes, alors nous essayons de ne pas nous en donner davantage.

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