Ma grand-mère

mamie

Je n’ai pas le souvenir des dates, ma mémoire est bien faite, elle ne s’encombre pas de choses inutiles.  Je serai donc incapable de vous dire quel âge elle aurait eu, ni depuis combien de temps elle nous a quittés.

Ce que je sais c’est qu’elle fait parti des femmes que j’admire, je devrai dire des deux femmes que j’admire (la deuxième étant ma mère) et que depuis longtemps j’ai envie d’écrire sur elle, de lui rendre cet hommage. Je l’ai d’ailleurs fait, au collège, je ne pourrai pas vous dire en quelle classe (toujours cette foutue mémoire), mais je sais que j’ai déjà écris une rédaction sur ma grand-mère qui était toujours de ce monde à cette époque.

Je ne suis pas nostalgique, je ne vis pas dans le passé, mais elle fait parti de ces gens qui ont fait qui je suis aujourd’hui. Je dis Grand-mère car je ne l’ai jamais appelée ni mamie, ni mémé et pourtant nous étions proches, connectées, nous aimions être ensemble. Nous nous aimions très fort sans se le dire trop fort.

Beaucoup vous direz que ma grand-mère avait mauvais caractère, qu’elle n’était pas tendre, mais vraiment pour moi, ce n’est pas ce qu’il faut retenir.

Ma grand-mère, Angèle, était née dans une période difficile, l’entre deux guerres, mais elle a eu certainement une enfance bien plus difficile que la plupart des enfants de son époque. Sans réellement tout savoir, puisque c’était son jardin secret, elle a été enlevée jeune à ses parents et trimbalée avec sa malle dans différentes familles d’accueil. Pas question d’aller à l’école, ces « familles » d’accueil n’avait de famille que le nom ! Elle était là pour travailler !

Sa force de caractère vient surement de là. Elle voulait lire. Elle a appris seule, en gardant les vaches. Cela explique son appétit des livres, des romans. D’aussi loin que je me souvienne je l’ai toujours vu un livre à la main ou pas loin. Son roman fétiche, sûrement Madame Bovary de Flaubert, elle aimait et détestait cette Emma Bovary qui fuyait une vie routinière et monotone dans les bras de ses amants et qui ne s’épanouissait pas dans la maternité. J’aime à penser qu’elle comprenait Emma Bovary et qu’elle jalousait un peu sa liberté.

Ma grand-mère n’était pas née à la bonne époque. Elle aurait voulu être une femme libre et libérée, et même si elle a eu de la chance avec son mari qui était quelqu’un de généreux et profondément gentil, elle a subi des choix, qui pour les femmes de notre époque ne sont plus d’actualité. Ma grand-mère aimé ses enfants, mais si elle avait pu elle en aurait eu moins. Ce n’était pas par choix qu’elle a eu 11 grossesses et 9 enfants. Ce n’était pas par choix qu’elle a habité en pleine campagne, elle a suivi son mari. Je pense qu’elle était heureuse mais frustrée de n’avoir pu décider de toute ses choses-là, de ne pas avoir eu l’intégralité de son destin en main !

Ma grand-mère je ne l’ai connue qu’handicapée, la vie difficile et les soins de santé de l’époque, l’avaient définitivement abîmé, son corps ne voulait plus se relever. Elle devait souffrir mais elle ne plaignait pas. Elle était limitée dans ses gestes, mais rien ne lui semblait impossible. Toujours cette force de caractère qui la faisait avancer, qui la faisait lutter. Son univers était cependant bien limité, ça l’énervait, ça la frustrait.  Elle qui aurait aimé découvrir le Monde, le dévorait dans les livres. Cette passion que j’ai pour les livres viennent surement d’elle.

J’ai cette image de ma grand-mère qui me revient assise dans son fauteuil roulant à sa table de cuisine ; vous savez ces grandes cuisines à l’ancienne où il fait bon vivre, où l’on aime se retrouver ; un livre dans les mains et ses lunettes au bord du nez, un châle sur les épaules. J’ai cette vision de la femme qu’elle était. Peut-être suis-je un peu à côté finalement, je n’étais qu’une enfant, j’aurai certainement une autre vision aujourd’hui. Certainement que les autres membres de la famille ne la voyaient pas comme je la voyais, mais je sais que cette image d’elle restera dans mon cœur toute ma vie.

Bien-sur j’aurai aimé qu’elle connaisse mes enfants, elle a eu le temps de connaître mon mari et elle l’aimait beaucoup. Et puis j’ai eu de la chance de l’avoir à mes côtés une belle partie de ma vie et rien que pour cela j’en suis reconnaissante !

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3 commentaires

  1. La petite mère, car c’est comme ça que moi je l’appelais, était née en 1922
    Pour son décès je dirais fin 2007 ou début 2008

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